Tour d’horizon sur la gestion des eaux pluviales
Assainissement
L’assainissement des eaux pluviales
Si la création des réseaux d’assainissements démarre dès la seconde moitié du 19ème siècle avec le courant hygiéniste, ce n’est qu’à l’aube des premières lois sur l’eau, à partir des années 1960, qu’apparaissent les réseaux séparatifs avec la collecte des eaux usées d’un côté, et celle des eaux pluviales de l’autre. Le dimensionnement des réseaux, largement empirique à ses débuts, se perfectionne petit à petit jusqu’à aboutir à l’instruction technique IT 77-284 en 1977. Les règles, novatrices pour l’époque, de dimensionnement édictées dans ce document sont encore utilisées de nos jours.
De manière générale, pour dimensionner les réseaux de collecte des eaux pluviales, on s’intéresse au débit maximum qui doit être évacué. Celui-ci est directement proportionnel à la surface récoltée et à la nature de cette surface : une prairie ou une forêt auront tendance à laisser l’eau de pluie s’infiltrer, tandis qu’un revêtement imperméable (une route gourdronnée, un centre commercial) fera ruisseler l’eau vers un exutoire. Sur Bordeaux métropole, et dans la plupart des grandes villes de manière générale, le degré d’imperméabilisation du territoire s’est largement accru avec un étalement urbain mal maitrisé et un mitage progressif des espaces naturels. Conséquence : des réseaux conçus pour fonctionner dans les années 60-70 se retrouvent aujourd’hui saturés, générant des débordements avec les risques sur les biens et les personnes associés.
La gestion à la source
A partir des années 1990 et 2000, les agglomérations ont déployées des plans pour la désimperméabilisation de leur territoire, adoptant une politique de gestion des eaux pluviales à la source et mettant un terme à la politique « tout-tuyau ». L’objectif est de désengorger les réseaux d’évacuation d’eaux pluviales en retenant l’eau sur les terrains aménagés. L’approche est simple : chaque mètre carré de surface imperméabilisée doit être « compensé » par la mise en place d’un ouvrage de gestion des eaux pluviales.
Ouvrages d’infiltration
Généralement, si l’infiltration de l’eau est possible sur la parcelle (bonne perméabilité (K) du sol, absence de nappe, absence du risque de mouvement de terrain), elle est privilégiée.
L’eau de ruissellement issue des zones imperméabilisées est collectée puis acheminée vers un ouvrage souterrain dans lequel elle est stockée et infiltrée. Plusieurs types d’ouvrages permettent d’assurer cette fonction : des massifs de cailloux (diorites, galets, balastes), des tranchées d’épandage classiques, des structures alvéolaires ultra légères (SAUL), des bassins d’infiltrations à ciel ouvert, etc.
En plus de désengorger les réseaux, les eaux pluviales en s’infiltrant assurent la recharge des nappes et le maintien de l’humidité du sol nécessaire à son équilibre (prévient de la rétractation à l’origine de fissures dans les habitations!).
Ouvrages de stockage / rejet à débit régulé
En cas de faible aptitude à l’infiltration du sol, l’ouvrage doit être conçu pour stocker un volume correspondant à un évènement pluvieux important (de fréquence décennale généralement, c’est-à-dire dont la probabilité d’occurrence est d’1 fois tous les 10 ans), et un rejet à débit régulé au réseau est autorisé (c’est-à-dire un faible débit, dont l’incidence sur le réseau est maitrisée).
Contrairement à l’ouvrage d’infiltration, l’eau ne s’évacue pas entièrement dans le sol, et l’ouvrage peut parfois être entièrement étanche afin de ne pas drainer la nappe.
Les ouvrages majoritairement employés sont les structures alvéolaires et les massifs de cailloux pour leur facilité de mise en œuvre (faible profondeur, faible couverture nécessaire, passage de véhicules possible…).
Un système de régulation est mis en place en amont de l’ouvrage pour temporiser sa vidange. Il s’agit généralement d’un orifice calibré de faible diamètre.
Les règlements en France
Les politiques à l’échelle des agglomérations sont globalement identiques dans leur approche (privilégier l’infiltration, rejeter au réseau en dernier recours), seuls les modes de mise en œuvre varient de manières plus ou moins contraignantes, en fonction de spécificités environnementales locales : perméabilité minimum requise pour l’infiltration, déduction du volume infiltré pour le dimensionnement de l’ouvrage, temps de vidange minimum, possibilité de mettre une surverse de sécurité, distance minimum nappe / radier de l’ouvrage, etc. Le tableau ci-dessous détaille quelques unes des règles de dimensionnement prescrites dans les agglomérations en France.

Une politique jeune en évolution
S’agissant de mesures relativement récentes (la mise en œuvre systématique d’ouvrages date du début des années 2010 pour les métropoles précurseuses), le retour d’expérience sur le fonctionnement de ces ouvrages reste encore peu détaillé, et il est vraisemblable que ces règles évoluent dans les années à venir, notamment en ce qui concerne :
- l’entretien des ouvrages : le suivi de l’entretien des ouvrages n’est pas assuré par un service dédié (comme le SPANC pour l’assainissement non collectif par exemple), et les règlements EP n’imposent pas d’entretiens périodiques aux propriétaires. Le colmatage inévitable de certains ouvrages diminuera à terme leur efficacité.
- le dimensionnement des ouvrages : le réchauffement climatique entraine une augmentation de l’intensité des précipitations. Les pluies de retour T = 30 ans d’hier sont les pluies de retour T = 10 ans d’aujourd’hui.
- la question du service compétent en matière d’exploitation et d’entretien pour les ouvrages gérés par les collectivités : service voirie ? service espaces verts ? service assainissement ? service nettoyage ?
Si les fiches de calculs et outils de conception proposés par les collectivités tendent à faciliter la mise en œuvre de la gestion des eaux pluviales, la mesure de perméabilité et la réalisation de sondages sont indispensables et requièrent une expertise technique bien spécifique. L’appui d’un bureau d’études est bien évidemment recommandé !
Sources :
- Guide technique des eaux pluviales du bassin d’Arcachon 2ème édition – SIBA
- Règlement du service public de l’assainissement collectif – Métropole de Lyon (2024)
- Règlement du service public de l’assainissement des eaux pluviales – Toulouse Métropole (2021)
- Guide d’accompagnement pour la mise en œuvre du zonage pluvial à Paris
- Les solutions compensatoires d’assainissement pluvial – Bordeaux Métropole (2014)
- Règlement de gestion des eaux pluviales – CC du Val de l’Eyre (2024)
- Gestion des eaux pluviales en ville – OTHU – GRAIE









